En route vers la transparence ? Le point de vue d’Olivier Paul-Morandini

En route vers la transparence ? Le point de vue d’Olivier Paul-Morandini

Ancien lobbyiste à Bruxelles, Olivier Paul-Morandini est un homme de causes. A 50 ans, Olivier a participé à la création de l’EENA, un lobby citoyen qui a œuvré à la création du 112, le numéro d’urgence européen. Passionné de vins, Olivier Paul-Morandini est aussi, depuis 2009, un vigneron toscan qui cultive près de 10 hectares de vignes en biodynamie. Engagé pour une agriculture durable et transparente, il pousse avec le TOWA – Transparency for Organic World Association – auprès du Parlement européen à davantage de transparence dans les vins bio, faiblesse légendaire de la certification…

 

“Une transition verte et sans maquillage”

 

L’histoire démarre en 2012 avec une réflexion quant aux besoins de transparence sur les pratiques et produits utilisés pour faire du vin. Les premières incursions du TOWA au sein du Parlement Européen débutent, notamment pour sensibiliser les acteurs politiques. 

 

En 2018, l’organisation comptabilise déjà près de 1500 domaines viticoles certifiés Bio répartis dans les 13 États membres. Ils sont accompagnés par un comité scientifique pour leur  permettre d’avancer vers leur objectif, avec des éléments mesurables et sans laisser place à l’idéologie.

 

L’organisation a donc réalisé une étude phytosanitaire comparative entre des vins Bio et conventionnels au sein de neuf pays dont trois sont non-européens. En avril 2019, elle présentait les résultats en conférence de presse au Parlement Européen, seulement un mois après la condamnation de l’European Food Safety Authority et surtout un mois avant les élections européennes. 

 

Pour Olivier, c’est un point de départ pour éclairer des aspects qui semblent souvent occultés, sous prétexte d’un label (privé ou institutionnel) : “Cela permet de voir des bons et des mauvais résultats dans les deux modèles et de temps en temps la frontière subtile entre les deux. C’est un premier élément qui permet de comprendre l’échiquier des intérêts représentés …et absents! TOWA va veiller à contribuer à ramener la voix du citoyen qui consomme et qui manque à nos élus qui sont dans le trafic intense généré par tous ces processus de réglementations. Nous allons tenter de conscientiser une partie des consommateurs à opérer des choix de société dans leur comportement d’achat. Car si la tendance est encourageante, il reste beaucoup de travail mais c’est le seul levier qui nous permettra une vraie transition verte et sans maquillage !

TOWA va apporter à ce citoyen une application qui permettra de consommer d’une autre manière et pourra influer directement sur le nouveau visage de la société qu’il souhaite transmettre.”

 

DMB : Depuis, est-ce que le bio va mieux ? 

 

OPM :Malheureusement non. Ses prétendus défenseurs font l’autruche alors que d’autres qui ont pignon sur rue à Bruxelles défendent ouvertement un bio appauvri au privilège d’un modèle économique qui prend le dessus… En effet, l’engouement du bio est tel que l’industrie et certains États Membres n’y privilégient que l’opportunité économique, délestant peu à peu le bio de son ADN. L’important est de vendre du bio quitte à ce que cela nous coûte le bio ! 

Ces protagonistes ont fixé pour objectif de ne plus s’encombrer de cahiers de charges qui pourtant garantissait un minimum au consommateur. Aujourd’hui, on peut dire que la route du bio va être détournée vers des labels qui ne seront animés que d’outils séduisants de marketing pour se jouer du consommateur à qui l’on fera croire qu’il contribue à un mieux environnemental alors qu’on le fera sponsoriser un modèle qui va dans l’autre sens. Le tout avec la complicité des Institutions puisque tout ce petit monde s’est entendu pour relever les mesures de quantification utilisées par les laboratoires, ce qui ressemble à du blanchiment.

Les gardiens du bio ont manifestement manqué de vision, de courage, pour renforcer le bio au fil du temps.”

 

DMB : C’est une question que beaucoup se posent : Combien d’intrants et de produits peuvent encore entrer dans le vin ? 

 

OPM : “Plus d’une cinquantaine rien que pour le bio… le tout sans que le consommateur, qui achète bio pour justement des raisons de santé, ne puisse être informé de leur présence alors qu’il suit un régime alimentaire ou développe des allergies ou plus globalement qu’il ne souhaite pas donner son argent à du bio rabaissé mais plutôt à un bio authentique et artisanal et que dans ce contexte, la réglementation ne favorise que le bio industriel… 

 

Et ça c’est pour ce qui concerne les produits autorisés… Le pire est derrière ! Aujourd’hui, l’industrie œnologique vend des produits qui débarrassent les vins de leurs résidus de pesticides jusqu’à une certaine mesure… Raison pour laquelle, comme décrit plus haut, ces mesures de quantification ont été relevées. Afin de permettre aux résidus (bruits de fond) de passer à travers les mailles du filet. Concrètement, un vigneron bio verra son voisin vigneron non bio utiliser les produits chimiques de synthèse, qui disparaîtront ensuite et seront probablement vendus avec un label privé faisant croire au consommateur qu’il n’y a pas de pesticides dans le produit qu’il achète. Les consommateurs vont donc ingérer au moins autant de molécules de pesticides qu’auparavant mais croiront le contraire. 

Et le bouquet c’est que le vigneron bio qui n’utilise pas ces produits oenologiques qui blanchissent, se retrouvera lui avec des résidus de pesticides apportés par son voisin… On pourra donc tirer à boulet rouge sur le bio pour l’enterrer une fois pour toutes!”.

 

DMB : En 2024, une liste des produits utilisés sera enfin obligatoire via un QR code ?

 

OPM : Ce n’est pas encore décidé mais un QR Code devrait servir à apporter des compléments d’informations. Évidemment pas à avantager des producteurs à rendre moins accessible des informations sur des additifs embarrassants. Le premier niveau de lecture sur l’étiquette doit pouvoir indiquer le niveau utilisé par le produit sur une base exhaustive de paramètres santé renforcés ainsi que de paramètres de durabilité (empreinte écologique).

DMB :Pourquoi est-ce encore lent (long) ? 

 

OPM : “Les lobbies alcooliers et les Institutions jouent la montre… Ils envisagent aujourd’hui de lever cette exception après dix ans de Réglementation alors qu’il faudrait que la Commission présente un nouveau modèle de transparence alimentaire… En revanche, rappelons que le budget du Green Deal va avaler 25% du bilan de l’Union que ses citoyens financent et qu’elle reconnaît elle-même que si le consommateur ne s’accapare pas les objectifs de ce Green Deal, ils ne seront jamais rejoints. D’un autre côté, elle ne donne pas à son citoyen l’information qui lui permettrait d’effectuer dans son acte d’achat, les choix appuyant des vins sans résidus de molécules chimiques, des vins issus de pratiques vertueuses en terme de durabilité, des vins correspondant à d’éventuelles allergies ou régimes santé, des vins issus de réalité économiques respectant les droits des travailleurs… Et sans mettre en place ce nouveau paradigme de composition des vins, le Green Deal n’aura aucune chance d’atteindre ses objectifs bien que son budget aura entièrement été avalé…”

 

DMB : Est-ce qu’un label bio ++ peut voir le jour ? 

 

OPM : Les certificateurs ont, selon moi, perdu la course depuis longtemps. Au lieu de renforcer les cahiers de charges, ils ont accompagné son nivellement par le bas au cours du temps. Très concrètement avec le temps, le bio s’appauvrit à cause de l’accès à l’information des composants qui est cadenassé.

On observe aujourd’hui des pratiques peu louables où des vins sont en grande partie lavés des résidus de pesticides chimiques et sont vendus sous des labels faisant croire à des pratiques vertueuses, sachant qu’au passage, on a indiqué aux laboratoires de ne plus aller au-dessous d’une certaine limite de quantification pour s’assurer du blanchiment des produits analysés et les faisant passer au travers des mailles du filet.  Pour moi, si l’on peut aisément blanchir un produit fini, c’est beaucoup plus compliqué de le blanchir en amont, dans la vigne. Cela coûterait trop cher et le jeu n’en vaudrait pas la chandelle. Et c’est là que les organismes certificateurs doivent prendre position et camper! S’assurer que les analyses des sols ou du sarment de l’année correspondent avec les analyses du produit fini.”

 

DMB : Quel est selon vous le meilleur label, le plus poussé en matière de transparence ? 

 

OPM : “Le label aujourd’hui qui est le plus crédible est celui qui démontre que les cahiers des charges auxquels ses membres doivent se tenir soient de plus en plus rigoureux et vont à court terme vers une transparence totale. 

Aujourd’hui la valeur de sérieux ne doit pas être un label plutôt qu’un autre car les interprétations noieront toujours le vrai débat mais que chacun d’entre eux s’aligne sur un modèle, un table de mesure qui soit égale pour tous. Un système métrique pour mesurer l’environnement! Chacun gardera sa sensibilité, son identité mais au moins le citoyen pourra se servir d’un seul et même étalon pour lui aussi commencer à s’éduquer sur un mode de consommation responsable. Cela demandera un peu de temps mais l’outil pour y arriver peut être ludique…

 

Entretien réalisé en juillet 2021 par Willy Kiezer

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